vendredi 16 février 2007

Entretien d'embauche

Suite 2/2

Il existe deux façons d'entrer dans le vif du sujet lors d'un entretien: soit le recruteur commence par présenter le poste, l'entreprise, voire lui-même; soit il demande au candidat de prendre l'initiative. Dans le premier cas, l'écoute active est indispensable et le postulant devra démontrer qu'il connaît l'entreprise par une remarque ou une question opportune. Dans la seconde hypothèse, le recruteur attend une présentation exhaustive et évaluera les capacités de synthèse. Pour éviter les écueils d'un discours fleuve et déconstruit, Philippe Blanchet, 45 ans, ex-directeur juridique d'Orange, aujourd'hui en recherche d'emploi, conseille de préparer une présentation de trois minutes maximum. «L'essentiel, c'est de répondre à la question: que voudrais-je que l'on retienne de moi?» explique-t-il. Sa recette? Décliner très rapidement son identité, sa formation… puis insister, au choix, sur ses projets ou qualités professionnelles afin de convaincre son recruteur qu'il est le candidat providentiel. Et, ensuite, détailler en une minute un aspect de la carrière qui illustre les compétences requises pour le poste.

Le classique: vos défauts, vos qualités

Les recruteurs disposent en général d'une grille de compétences qu'ils cochent discrètement. Ils cherchent d'abord à valider la connaissance de l'entreprise ou du secteur, puis la véracité des lignes du CV et les compétences nécessaires pour le poste. Souvent, il s'agit de questions à double sens. La plus courante est bien sûr: «Citez-moi vos défauts et qualités.» Sandrine Gary a préparé le coup: «Je réponds toujours que mon défaut principal est la timidité. De toute façon, ce trait de ma personnalité n'échapperait pas au recruteur. Mais j'insiste tout de suite sur une expérience professionnelle à l'étranger qui démontre ma capacité à surmonter ce défaut.»

Reste une question: que reste-t-il de la spontanéité lorsque le candidat semble rompu à toutes les ficelles? Une préparation trop lissée risque d'inciter le recruteur à rechercher les zones d'ombre. Yann Dufresne, 36 ans, peut en témoigner. En décembre, il a été embauché comme responsable du rayon meubles dans un Conforama parisien. Un poste semblable à celui qu'il occupait jusqu'alors dans une autre enseigne du groupe. Pourtant, il a failli se prendre les pieds dans le tapis. «Dès le début de l'échange, la DRH a pris le contre-pied de ma présentation en me demandant ce que je voulais faire sur le long terme, se souvient-il. Elle a évoqué un poste de chef de produit marketing au siège, sans relation aucune avec la clientèle. J'ai hésité, ce qu'elle a aussitôt perçu. Comme mes motivations lui ont semblé fragiles et contradictoires, elle m'a proposé de continuer à réfléchir en me convoquant à un deuxième rendez-vous.»

Résumons-nous. Avant d'aborder son entretien de recrutement, il faut donc se préparer soigneusement, être spontané et authentique tout en restant sur ses gardes. Une gageure! On est là, en tout cas, bien loin des conseils habituels selon lesquels le secret de la réussite réside dans le naturel et la franchise à tout crin. Reste une consolation à garder en tête avant d'engager le dialogue avec votre recruteur: ce dernier est peut-être tout aussi mal à l'aise que vous! Car non seulement il n'a pas le droit à l'erreur, mais, en plus, il a besoin de vous. De quoi vous présenter un peu rasséréné lors de votre prochain entretien…

LEXPRESS.fr du 31/01/2007 Cédric Morin

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