Les 10 premières minutes
Pour le recruteur, c'est un moment crucial. Pour le candidat, c'est parfois une situation déstabilisante… Franchir ce cap impose une préparation minutieuse
es entretiens de recrutement? Un exercice bien rodé pour Laure Fournier, 43 ans, embauchée en mars dernier comme responsable de la fondation d'entreprise Total. Ancienne directrice de la communication de l'Ifremer et de Metaleurop, Laure dispose de compétences dans le domaine de l'environnement et de la gestion de crise qui rendent son profil très prisé. A tel point qu'elle ne compte plus ses convocations. Les dix premières minutes des entretiens restent néanmoins toujours aussi angoissantes pour elle: «Je me souviens de ce recruteur qui a commencé par me prendre en photo. C'était très déstabilisant. Heureusement, l'immense majorité d'entre eux cherchent plutôt à mettre à l'aise le candidat. En fait, il y a autant de dix premières minutes que d'entretiens.»
Franchise et authenticité
Comment passer le cap? Selon les recruteurs, unanimes, la franchise et l'authenticité sont les ingrédients du succès, les compétences faisant la différence. Pourtant, la fameuse première impression se fige dès la prise de contact, alors que les qualités professionnelles du candidat ne sont pas encore connues. Selon une enquête internationale, menée par le cabinet Robert Half, 20% des recruteurs déclarent qu'il leur suffit de cinq à dix minutes pour se forger une opinion. «Le premier contact compte pour beaucoup, le premier geste, la façon de sourire et de tendre la main comme de suivre le recruteur jusqu'à son bureau ou de s'asseoir, indique Jean-François Roquet, président de Syntec Recrutement, le syndicat professionnel. Tout est affaire de séduction, comme dans n'importe quelle rencontre humaine.»
A ce stade, le subjectif domine. Raison supplémentaire pour ne rien laisser au hasard. Les candidats ne le savent pas assez: ils ont prise sur l'image et le ressenti qu'ils suscitent. «Trop souvent, les cadres en milieu de carrière ne misent que sur leur parcours, souligne Olivier Pichot, consultant au Cercle des hauts potentiels. Ils ne préparent pas les entretiens et n'imaginent pas le décalage entre l'image qu'ils pensent renvoyer et la réalité.» Arriver à l'heure, être propre, respecter les codes vestimentaires de l'entreprise et du poste se lever quand le recruteur s'approche… Autant de réflexes qui s'acquièrent. Au même titre qu'offrir une poignée de main ferme et convaincante, un sourire et un regard directs. Tout se corrige: une posture voûtée en s'entraînant à marcher… avec un livre sur la tête; une personne sujette à la transpiration évitera les chemises foncées, etc.
Préparer l'entretien
La salle d'attente est souvent la phase la plus anxiogène. C'est aussi le moment propice à la concentration. Des techniques simples, comme la respiration ventrale ou l'évocation d'une situation de réussite, redonnent confiance et détendent un visage figé. Pour se mettre en condition, Sandrine Gary, une ingénieure informatique de 23 ans, fraîchement recrutée par Sopra Group, prépare toujours ses entretiens la veille. Elle se détend en musique et se couche tôt. «Cela m'aide à lutter contre ma timidité, explique-t-elle. Se connaître permet de se surveiller et de se corriger. Pendant l'entretien, je prends quelques notes pour éviter de jouer avec mon stylo et je les utilise pour poser des questions et ne pas être déstabilisée par les silences.»
Les gestes de début d'entretien sont beaucoup moins anodins qu'il n'y paraît. «Il existe une grammaire gestuelle, explique Joseph Messinger, psychologue comportementaliste. Le corps révèle les préoccupations. Conserver sa serviette sur les genoux, par exemple, exprime la timidité.» Chez l'homme, le croisement des jambes en équerre signifie qu'il maîtrise la situation ou tente de le faire; chez la femme, le croisement des bras sur la poitrine est un geste de protection; réunir les mains derrière la nuque exprime la lassitude; poser ses coudes sur le bureau du recruteur équivaut à une intrusion sur son territoire.
Pour Marie Tresanini, psychologue et fondatrice du cabinet MT Conseil, la différence se fait, dès les premières minutes, par le savoir-vivre du postulant: «Arriver trop en avance donne le sentiment que le candidat inverse le rapport de force. L'attitude qu'il aura avec la secrétaire sera riche d'enseignements sur son comportement en entreprise.» Savoir écouter son interlocuteur et répondre précisément aux questions posées sont des qualités plus rares qu'on ne le pense. «J'ai en tête l'exemple d'un cadre qui rate tous ses entretiens parce qu'il cherche à se vendre plutôt qu'à s'adapter à son interlocuteur, raconte Joëlle Osanno, consultante RH indépendante. Il se projette tout de suite dans le poste et n'écoute plus. Il est essentiel de savoir interrompre sa présentation quand le recruteur tente de prendre la parole.»
1/2
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire